Association Afrique Bénin Cancale Dol

22 mai 2020

Léa

Léa

                       

       Ce soir, la souris avec qui je cohabite m’a susurré à l’oreille que demain le Père Servais passerait de bonne heure pour m’emmener ailleurs. J’ai demandé au mignon petit rongeur si Geoffroy, le jeune Togolais qui m’aide à assumer les cours, serait du voyage. La bestiole m’a informé qu’elle ne le pensait pas. J’ai tenté de comprendre les modifications du programme mais l’animal n’a pas pu me renseigner. Il ignorait également l’heure du départ. Ceci était sans importance puisque les horaires dans ce pays ne sont fournis qu’à titre indicatif. Lorsque j’ai demandé un créneau horaire, les yeux du rongeur se sont arrondis jusqu’à devenir des yeux de chouette. Le mammifère ignorait également la durée de mon absence. C’était une bien mauvaise messagère. Il avait été question de Gnemasson, du Togo, du centre Saint Paul. Ce serait une surprise dans un pays aux coups de théâtre multiples.

 

     Comme toujours neuf heures, dix heures, onze heures… Ah ! Un bruit de moteur. Et non ! C’est la camionnette du frère Luck qui crachote sur la piste et  propulse de l’eau de droite et de gauche aux hasards des ornières. Un nouveau bruit de moteur. C’est mon chauffeur. Toujours pressé, à peine descendu du véhicule, il se précipite, me demande la clef de la chambre, revient avec son aube blanche qui l’attendait sagement pendue au bois du lit, me redonne la clef, me dit son éternel «  On y va », sort de ma bouche mon éternel « Je suis prête » et songe une fois encore « pas trop tôt ».

 

     Je me saisis de mon sac à dos qui ressemble de plus en plus à un sac à main, me précipite vers la voiture, m’installe, m’attache et « Hue ! Cocotte ».

Mon guide m’informe que nous passerons par Natitingou. Il doit prendre un passager ici, un autre ailleurs… et il faudra prendre la vieille, la vieille ?

Nous arrivons à la maison familiale du Père.

 

La cour de la maison familiale.

      Le toit de la troisième pièce est enfin réparé. Une charmante jeune femme togolaise nous accueille entourée d’une ribambelle de gamins. Durant ses vacances, Clémence a décidé d’aider le Père qui lui a demandé de garder six à sept enfants. Il a mis à la disposition de cette colonie la petite maison de sa famille qu’il a un peu rénovée. Je revois mon ami Déo qui, du haut de ses trois ans, décrète qu’il veut retourner à la maison d’accueil malgré la grande gentillesse et la disponibilité de Clémence. Elie, deux ans et demi, a refusé de quitter l’internat pour cette villégiature citadine. Clotilde, la petite sœur de Florida, a tellement contesté cette colonie improvisée qu’elle est retournée chez sa mère à qui elle manquait.

 

Elie refusant d’aller dormir ailleurs.

Et oui ! Père Servais, je t’avais prévenu. Tu voulais faire plaisir aux enfants mais tu as raisonné comme un adulte. Il aurait fallu te mettre à la place des enfants et ne pas maintenir que « ces enfants  ne voient jamais rien, ne sont pas des animaux, ont le droit à des vacances ». Pourtant je t’avais répondu « mais ce ne sont pas des paquets qu’on transporte de ci de là, il faut les préparer. Ils sont petits. Tu sais avant six, sept ans… ils n’ont jamais quitté le village » et de me répondre « Oui, mais Evelyne ce n’est pas obligatoire ». Cher lecteur, je vous laisse imaginer la suite.  Elie et Clotilde ont eu gain de cause et Déo … que cachait sa demande ?

Déo participant à la lessive.

 

Retrouver une mère qui est absente même lorsqu’elle est présente ? Croiser le chemin de sa mère qui cherche à se débarrasser de ce fardeau ? Revoir les enfants de la maison ? Retrouver une certaine sécurité ?

            La vieille Léa arrive avec ses béquilles. Servais toujours jovial, lui fait un bon accueil « Alors la vieille, ça va ? » Le grand sourire édenté de Léa confirme que tout va pour le mieux. Deux ballots suivent accompagnés d’un semblant de matelas. Je laisse ma place à l’infirme et me glisse à l’arrière entre les paquets et les occupants.

            Etant douée pour les devinettes, je finis par comprendre que Léa s’est cassé la jambe. Elle est ridée, âgée, maigre. Elle ne parle que sa langue, reste à savoir laquelle. Elle devait être paysanne. Dans ce pays où les rires servent d’emplâtre sur la misère, la jambe a dû être soignée avec des moyens précaires. Ici l’accès aux soins est aussi répandu que l’argent, donc inexistant. Léa, totalement seule, est venue passer quelque temps à Natitingou suite à son accident. Aujourd’hui, elle retourne chez elle.

 

            Après quelques kilomètres, nous arrivons au pied de la colline où se situe sa maison. Une vague sente s’élance vers le haut. Très vite, elle disparait dans la végétation. Servais habitué à la vie rude de son pays, ne s’inquiète ni de Léa ni de moi. Le dernier passager traîne les affaires de la « vieille ». Je me retourne parfois pour apercevoir Léa crapahutant péniblement vers son refuge. Arrivée à mi-parcours de la colline, je découvre une cabane de torchis lépreux, entourée de murs croulants délimitant un espace comportant deux minuscules bâtisses. L’une a servi de soue aux cochons, l’autre préservait deux ou trois poules des prédateurs.

La soue

Léa vivait seule. Là elle sera encore plus isolée car les animaux ont disparu. Qui les aurait nourris ?

Léa arrive enfin. Elle escalade les trois marches de terre, utilise une grosse clef pour ouvrir une serrure des plus sommaires, censée protéger l’accès à ses lambeaux de trésors.

Je domine le paysage, perçois les rumeurs d’une fête tout en bas. Servais m’arrête et me signale que Léa n’appréciera pas mon intrusion dans sa misère. Je me dégage. Frappe. Entre. L’obscurité couvre le dénuement de l’unique pièce. J’aperçois vaguement un seau, deux marmites et rien, rien, rien. Seul le vide encombre les dix mètres carrés...

Léa se traîne vers l’extérieur, s’assoie péniblement sur la marche du haut. Je sors et saute les trois marches sur le côté. Je remonte les deux premières, la regarde, regarde ce qui fût sa ferme lilliputienne.

Je suis triste. Servais et notre aide semblent imperturbables. Pour eux, cette situation est banale, pour moi c’est difficile. Je regarde Léa qui me sourit. Non ! Servais, Léa a été heureuse de me faire découvrir son « chez elle ».

« Bon, on y va ». Oui Servais nous y allons. Nous ne pouvons rien de plus pour Léa. Je n’arrive même pas à repérer le lieu où elle prendra de l’eau demain. Je l’embrasse. Elle me sourit de nouveau.

            Dans la voiture, je me reproche de ne pas avoir eu l’idée de m’organiser pour qu’elle ait au moins un peu d’eau.

Le ciel s’est assombri. Le déluge menace. Elle récupérera peut être les eaux diluviennes directement. Je n’ai repéré ni gouttière, ni citerne.

Seule avec mon guide, je lui parle de mes états d’âme. Il me répond : « Que veux-tu que j’y fasse ? » Je n’ose même plus respirer. Ce dénuement est le décor dans lequel il évolue. Il ajoute « Quelqu’un finira par venir. »

            Je suis bien loin de l’Afrique des parcs animaliers et des catalogues touristiques. J’espère au fond de moi que la solidarité fonctionnera pour la vieille, qui a cinq ans de moins que moi.

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05 mai 2020

Correspondance des proverbes partie 2

 

Suite du jeu des correspondances des proverbes.

Dans la première partie de ce jeu vous trouverez les proverbes africains. Dans la seconde partie les proverbes français. Le jeu consiste à assembler les deux parties en trouvant les correspondances.

 

Fleuve Mono

Proverbes béninois :

A  «  Le filet ne prend pas de poissons tant qu’il reste dans la pirogue ».

B «  Une bouche sèche n’attire jamais la pluie ».                                   

C «  Le vieil éléphant sait où trouver de l’eau ».

D «  Le chien a beau avoir quatre pattes, il ne peut emprunter deux chemins en même temps ».                                                                 

E  «  Il faut entreprendre ce dont on est capable ».

F  «  Celui qui se lève tard, ne voit pas le lézard se laver les dents. »

   chercheurs d'or Pampam

G " Une douce parole avait poussé l’éléphant à traverser le fleuve. »

tiré du livre les oiseaux mouche à miel

H « Tu détestes ta vie, alors que dans le même temps, d’autres gens rêvent d’avoir la tienne ».

I « La carpe ne produit pas de silure ».

 Proverbes français : 

1 «  Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. »                                          

2 «  On n’apprend pas aux vieux singes à faire la grimace. »

3  «  Il faut travailler pour gagner sa vie. »                                                             

4  « L’herbe du champ d’à côté est toujours plus verte. »

5  « On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. »

6  «  On ne peut courir deux lièvres à la fois. »    

7  « Ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. »                  

8  «  Le silence est d’or. »        

9 «  Les chiens ne font pas des chats. »

Quel proverbe aviez-vous vu dans la première partie de ce jeu ?

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 

Réponses

1F/ 2C/ 3A/ 4H/ 5G/ 6D/ 7E/ 8B/ 9I

  «  La carpe ne produit pas de silure »

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15 avril 2020

La porte de l'Afrique

                                             La porte de l’Afrique

            13 heures, j’attends dans un vaste salon cossu, assise confortablement sur un canapé.

            14 heures, j’ai quitté le canapé pour un fauteuil moelleux. La télévision fonctionne.

            15 heures, l’une des petites bonnes (10 ans) me propose de manger dans un français bien éloigné de la langue de Molière avec geste à l’appui.

                     Cuisine ouverte et  « une des petites bonnes »

            Mon estomac se réveille. Je réponds avec un large sourire par la négative. Les trois petites bonnes, véritable fourmis, levées à 5 heures, couchées les dernières, pensent que les Yovos mangent le midi, mais quoi ?

Faisons simple. Je les emmène devant l’énorme frigo, l’ouvre, leur indique mon reste d’avocat, fait signe que je prendrai bien deux petites tomates. Elles acquiescent et me montrent un reste de riz. C’est Byzance ! Elles échangent dans leurs différentes langues maternelles. Facile pour communiquer ! Elles finissent par m’indiquer une casserole, j’en déduis qu’elles se demandent s’il faut réchauffer ou cuire quelque chose. Les mains, les visages, les têtes parlent, les yeux se veulent expressifs. Je trouve dans la cuisine française, située dans la villa, un couteau, une fourchette, une assiette, de l’huile, du vinaigre. Une salade froide sera parfaite. Elle sera vite avalée, ainsi si on vient enfin me chercher je serai rapidement prête. Le temps passe. Le bus pour rejoindre Natitingou part à 7 heures et arrive au mieux à 18 heures. Question : « Combien une voiture mettra-t-elle de temps ? Un peu moins, certes, mais encore ? »

 

            16 heures, je ne suis pas morte de faim. Le repas est terminé. Tout est en ordre. J’attends. Toujours pas de chauffeur. Je ne suis pas inquiète, juste un peu agacée.

Le Père Servais doit effectuer ses « courses par ci par là » dans Cotonou. Peut-être invoque-t-il Dieu pour lui accorder « une patience à cuire les cailloux » perdu dans une interminable file d’attente d’administrés où le plus grand passe souvent avant le premier arrivé. Positivons, il est grand.

            17 heures se profile à l’horizon. « Gardons notre calme, respirons, nous partirons demain… ».

Non ? Un bruit de voiture, enfin !

Après un an de séparation : les retrouvailles. La veille, nous nous sommes très vaguement croisés. Je sens que cela va être rapide.

«  Ah ! Evelyne, on  y va  » (pour être rapide !)

Heureusement, connaissant mon guide tout est prêt.

«  J’y suis. »

            Nous aurons ou j’aurai tout le loisir de discuter sur le long ruban usagé qui nous attend. Je me hisse sur le marche-pied, m’assieds sur le siège, claque la lourde portière. Cet été 2019, le bruit sec ferme la porte de l’Europe et ouvre celle de l’Afrique. Vive la liberté et son lot, inévitable, de contretemps.

            La voiture cahote jusqu’au goudron... L’air conditionné de l’habitacle lutte contre l’écrasante chaleur. Cinq minutes plus tard, nous prenons une passagère, elle va voir sa sœur à Nati. Trois minutes plus loin nouvel arrêt. Un tout jeune prêtre en jean grimpe. Il retourne dans sa cure après avoir découvert les affres de la grande ville. En vingt-quatre heures, il s’est confronté au  labyrinthe des administrations. Il a réalisé qu’il n’avait pas d’argent et qu’il lui fallait dormir et manger. Heureusement, son ange gardien était là : «  Le père Servais ». Pour lui, ce premier voyage est le premier pas vers l’Europe. L’évêque va l’envoyer sous peu là-bas. Il espère que ce sera la France. C’est comment la France ? Je me garde de le contredire mais je sais que le choix est déjà fait et que ce grand naïf rêveur terminera son périple en Italie. Auparavant, il découvrira les joies des aéroports, des changements, des trains, des discussions par gestes, la nécessité d’anticiper, la nécessité de l’argent… Il lui faudra s’adapter au plus vite à un monde autre que celui des églises de savane. Un nouvel arrêt, une passagère et sa fillette. Cette dernière restera chez sa tante durant les vacances.

          Malgré la faiblesse des moyens, les africains sont de grands voyageurs. Ils utilisent les bus et sont les précurseurs du « Blabla car » gratuit. Leur allié : le temps ! Passer du Burkina au Bénin, partir pour le Sénégal, effectuer des études au Togo, aller voir sa sœur au Niger est extrêmement courant.

 

« Bonimenteur dans un bus de la poste ».

La voiture aux quatre roues motrices est spacieuse mais ceci demeure de l’ordre de la théorie. Dans le ventre de l’animal, deux grosses valises « blindées » de livres et de jouets éducatifs, un sac à dos avec mes chaussures, deux pantalons, trois t-shirts et la suite de l’encyclopédie. Servais a confié à la baleine son sac à dos, ses courses, des sacs d’alimentation (prix moins élevé au sud qu’au nord). Les passagers sont donc contraints de coincer les excédents de bagages sous leurs pieds, entre eux… Ils s’en servent comme oreillers, accoudoirs, repose-pied. Nous voilà fin prêt pour affronter le python plat et rectiligne de 340 kilomètres.

  Les maisons de Calavi (banlieue de Cotonou) défilent. Progressivement, les habitations s’espacent, la circulation se fluidifie. De part et d’autre de la route bordée d’anacardiers s’étend la plaine verte et brune. Ici, le sol est riche, au nord, il n’en est pas de même. J’admire le tapis des camaïeux de verts. Parfois, quelques huttes coupent la monotonie du paysage. Mais déjà, je me laisse hypnotiser par les cahots. En raison des secousses, mon attention se porte sur nos écarts, voire nos embardées pour éviter de sombrer dans un trou, de crever. Parfois, le goudron se colore de marron, mélange de poussière et de boue. Nous sommes en saison des pluies.  

      Tout à coup, une grosse goutte s’écrase sur le pare-brise, suivie d’une seconde, puis d’une troisième. En quelques minutes, le ciel s’assombrit, se transforme non en tamis mais en passoire. Nous sommes bien loin des bruines cancalaises. D’énormes gouttes crépitent sur la carrosserie. Très vite, le rideau de pluie se transforme en trombe puis en chute d’eau.

 

La visibilité est totalement nulle. L’extrémité du capot n’est même plus perceptible. Nous continuons. Silence total à l’intérieur. Espérons que nous ne terminerons pas échoués sur le flanc. Zigzagant, notre lourd crabe poursuit sa route. Il déjoue les ornières, les pièges…, les gouffres se confondent avec les mares d’eau. L’engin sans le savoir est devenu amphibien. Le chauffeur malgré son attention, n’a pas repéré un trou recouvert d’eau. Nous sautons au plafond malgré les ceintures de sécurité. Un silence de plus en plus lourd règne. Le rideau totalement opaque ne permet même plus de deviner les phares des rares fantômes que nous croisons. La conduite demeure ferme et prudente, la radio s’est tue mais la tension est prégnante. Le compteur indique dix kilomètres à l’heure.

 

La voie se transforme en étang. Les berges noyées d’eau sont inexistantes. Où est le tracé de la route ? Je fronce les sourcils, plisse les yeux, m’avance vers la vitre. Le Père, imperturbable, continue vers son destin. La fatigue se lit sur ses traits tirés. Seul le bruit assourdissant du déversement des sceaux d’eau associé aux éclaboussures des flaques, planent dans notre abri. Nous devons être dans la région des collines.

 

          

  22 heures. Une seule route donc aucun risque de se perdre, le tout est de ne pas la quitter. Les repères sont rares.

 

22 heures trente, une arche de Noé. Tout le monde descend. Nous courons nous réfugier dans « le maquis ». Servais est exténué. Il n’en montre rien. Je dors les yeux écarquillés. Il faut faire bonne contenance alors mangeons. Qu’ai-je mangé ? Le liquide s’insinue entre les tôles de la toiture. Il fait frais. Dans mon coma semi éveillé, je remarque deux très jeunes filles (treize ans ?) et la patronne. La plus jeune des fillettes est la fille de la propriétaire. Elle fait office de serveuse. Probablement est-elle scolarisée ? Selon les usages, Servais s’adresse à elle. La plus jeune effectue les tâches subalternes. Inutile de lui demander ses bulletins de salaire, les règles collectives de sa profession. Avachie sur ma chaise, je n’échange avec personne mais je tente d’observer. De retour à la voiture, exténuée, je me mure dans mon silence.  

 

 La pluie s’éloigne aussi soudainement qu’elle est apparue. Malgré la boue, l’eau ruisselant sur le sol et l’obscurité, le compteur dépasse rapidement les 100 kilomètres. La vitesse est-elle réglementée dans ce pays ? Nous approchons, enfin !

            Je reconnais le grand rond-point à l’entrée de Nati. Nous y voilà ! Nous passons par des chemins boueux dont j’ignorais l’existence. Au premier arrêt, le jeune ecclésiastique descend. La deuxième passagère nous guide entre les champs, les maisons, les masures, les assemblages de tôle. Le père insiste pour être certain qu’elle ne se trompe pas. Visiblement, il lâcherait bien tout le monde n’importe où pour aller dormir mais tente de rester aimable. Finalement, nous nous arrêtons devant un haut et large portail. La lumière est déjà allumée. Reste la mère et l’enfant. Sans adresse, dans la nuit d’encre, le défi est de repérer la destination de nos voyageuses entre les tranchées, les minuscules parcelles de champs, les cases semées au petit bonheur. Les sens interdits sont remplacés par des voies sans issue (montagnes de terre, tranchées). Marche arrière, demi-tours. Le temps passe. La femme ne s’y retrouve plus. Le chantier permanent de l’Afrique a bouleversé ses repères. Finalement,  la fillette affirme reconnaître un endroit. Tout le monde descend. Nous attendons un peu. La femme hésite. Elle revient, nous fait signe que nous pouvons partir. Les deux silhouettes sont happées par la nuit.

             Dix minutes plus tard, nous empruntons le pont qui dessert la maison de la Fraternité.

  

Salomé cuisinant devant sa maison.

           Dominique et Salomé sont là. Ils se précipitent pour nous accueillir. Ils soulagent le coffre. Je suis déjà à l’intérieur. Je fais l’effort de ne pas me précipiter à l’étage. Dominique me demande où déposer les valises. Je n’ai qu’une hâte : monter l’imposant escalier…

…trouver une chambre, m’écrouler sur un lit et … Dans quelques heures, une nouvelle aube se lèvera.

Evelyne.

Vous avez eu du plaisir à lire ce texte. Merci.

Mais pensez que nos enfants mangent ....

 

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20 mars 2020

Le gecko et le zèbre

 

 

« Une Grenouille vit un bœuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf. »

….

                En relisant cette fable de Monsieur Jean de La Fontaine, je songe à une histoire racontée dans la nuit d’une salle de classe où l’orage fut tel que nous avions suspendu les cours.

                Le vent claque et tente de soulever la toiture de la modeste salle. La pluie crépite sur le toit, résonne dans nos oreilles, s’engouffre dans nos têtes et ouvre la porte aux peurs. A la dernière saison des pluies, la toiture s’est envolée laissant la place libre à la folie de la nature. Au petit matin, plus de protection pour les écoliers, plus de livres, plus de cahiers, seul régnait le chaos du désastre. Chacun a fait ce qu’il a pu pour recoiffer les bâtiments où nous sommes mais l’eau, ce serpent insaisissable, s’insinue et tombe sur le ciment. Je n’ose décréter la fermeture de la classe car comment rejoindre dans cette pataugeoire, sous ce déluge, la maison d’accueil à cinq minutes d’ici ?

 

bénin classe

                 Dans ces classes, les fenêtres sont nombreuses mais elles ne comportent pas de carreaux. Elles sont fermées par des persiennes en fer qui protègent du soleil mais minimisent la lumière. Durant la classe, nous laissons la porte ouverte pour avoir un peu de luminosité mais bien souvent, en raison de la différence de clarté avec l’extérieur, on se croirait dans une caverne. A ceci s’ajoutent les contre-jours. Le réseau électrique est à des années-lumière de Pampam et l’école n’a pas la chance d’avoir un soupçon de panneaux solaires. Le souffle du vent a balayé le soleil, emporté le bleu du ciel et renversé un encrier de noir. Nous ne voyons même plus nos plus proches voisins. Le froid, l’humidité pénètrent notre petit groupe. Je propose de former un troupeau « de chèvres » pour nous maintenir au chaud et tente d’imaginer un conte.

chèvre

                 Cette histoire sera finalement racontée en fin de journée en raison du bruit des éléments déchaînés qui envahit tout l’espace.

 

camion frére Luc

                Un jour, sur la piste poussiéreuse allant de la maison d’accueil à la ferme pédagogique, un zèbre croisa un gecko. Vous savez ! Un de ces lézards si vifs que vous avez à peine le temps de percevoir son habit de lumière arc-en-ciel. Il ignore la discrétion mais toujours en éveil, rapide comme l’éclair, il peut se permettre cette fantaisie même si certains apprécient de sucer ses os. Ce petit animal, aimant se dorer au soleil,  ressemble à un clown bariolé effectuant des pirouettes. Celui dont je vous parle avait perdu de sa superbe. Ses couleurs avaient viré au gris. Il se traînait lamentablement sur la piste en soulevant ses membres frêles comme des arêtes de poisson. Il suffoquait pris entre l’étau de la poussière de la piste et le feu du soleil. Le zèbre lui demanda ce qu’il avait. Il lui répondit qu’il avait été piqué dans son sommeil par un scorpion.

scorpion

 Un scorpion

                 Pendant deux jours entre la vie et la mort, il n’avait rien bu et rien mangé. Maintenant, il avait faim et soif mais était trop faible pour attraper ne fût-ce qu’un minuscule moustique. Le zèbre ricana et détala en soulevant un nuage de poussière.  

 

 Géko

Un gecko

Les enfants sortaient de l’école. Ils virent le petit mendiant et en eurent pitié. Chacun alla dans sa case et ramena ce qu’il put : un termite, une fourmi, un papillon, un moustique, un morceau de mangue. Puis ils lavèrent le reptile et le portèrent à l’ombre d’un tamarinier. Trois jours plus tard, le zèbre repassa. Il vit surmontant un mur, le gecko tout fringant. Le quadrupède lui demanda des explications. A la suite de ces dernières, il se dit qu’il était bien sot de s’exposer aux fauves et de chercher sa pitance dans la savane toute sèche. Il repéra l’horaire de la sortie de l’école. Il décida d’imiter un zèbre très très malade. Ce fût difficile car il se portait à merveille. Heureusement, il était bon comédien. Lorsque les enfants le virent si souffrant, ils se rendirent chez eux. Comme l’animal les impressionnait par sa taille et qu’ils ne pensaient pas pouvoir s’en sortir seuls, ils demandèrent l’aide des adultes du village. Tout le monde vint voir le malade qui battait à peine l’extrémité de ses cils tant il était faible.

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Un homme s’approcha, souleva la tête du cheval zébré, mit son oreille contre son ventre. Il se releva et dit aux villageois : « Je sais de quoi cet animal souffre. Je vais chercher de quoi le soigner. » Il revint portant une corde qu’il glissa autour du végétarien et lui dit : «  Mon bonhomme, ta maladie je la connais, c’est de la fainéantise. Le meilleur remède est le travail. Demain, dès cinq heures, tu m’aideras au champ ». L’animal fût enfermé dans une cour close. Heureusement, la porte tenait mal. Il pût s’enfuir. De ce jour, tous les zèbres évitent les villages et surtout ceux de Tépenté et de Pampam.

Morale de cette histoire : Ce qui est bon pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre.             

 

Evelyne

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27 février 2020

Proverbe 1

Jeu :  

Correspondance des proverbes (première partie)

Les africains ont souvent des expressions imagées qui ne sont pas départies d’humour et prennent leurs origines dans leur environnement. Les animaux y occupent une place privilégiée.

                        Citons par exemple :

« Un grain de maïs a toujours tort devant une poule » 

 (Proverbe béninois)

Dans la première partie de ce jeu, vous trouverez les proverbes africains et dans la seconde partie, les proverbes français. Le jeu consiste à assembler les deux parties en trouvant les correspondances.

 

Première partie

1 « Il faut casser les noix quand on a les dents »

2 « La longue queue du singe, il la tient de son père et de sa mère »

3 « Le singe qui ne voit pas son derrière se moque des autres »    

4 « Entre singes, on ne se passe pas un fruit. »

5 « Une patience à cuire les cailloux. »

6 « La carpe ne produit pas silure. »

 7 « C’est en étant sur le tordu qu’on crée ce qui est droit ».

8 «  Le croassement des grenouilles n’empêche pas l’éléphant de boire ».

9 « Ce qu’une personne élancée va demander à une personne de petite taille ne manque pas. »

 

Deuxième partie

A «  Tel père tel fils ».

B « Une patience d’ange ».

C « On toujours besoin d’un plus petit que soi. »

D  « Les chiens ne font pas des chats. » 

E « Chacun pour soi et le Bon Dieu pour tous. »

F « Le chien aboie, la caravane passe. »

G « On voit la paille dans l’œil de son voisin mais on ne voit pas la poutre dans le sien. »

H « Chaque chose en son temps. »

I  « C'est en forgeant qu'on devient forgeron. »

     

Réponses

A2 / B5/ C9/ D6/ E4/ F8/ G3/ H1/ I7

 

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04 février 2020

OKPO cousin de Pic

                    OKPO

                   A Pampam, un matin comme beaucoup d’autres, les enfants se rangent pour se rendre au réfectoire. Une fois de plus, je précise qu’on se met en rang par ordre d’arrivée et non en fonction de son âge, de sa taille ou de Dieu sait quoi. Un peu de palabre et le rang est correct.
Tête de linotte que je suis ! J’ai oublié mon anti-palu.

 

                A mon retour, la ligne du rang s’est transformée en cercle. Il faudrait que je me décide à enseigner un peu de géométrie, mais sans règle, sans compas, sans rapporteur… Ajoutons mon sens de l’espace ! Cette matière attendra.

Sur le périmètre du cercle elliptique, chacun échange avec son voisin. Curieuse et un peu amusée, je m’approche tout doucement. Que peut-il y avoir au centre de ce cercle ? Le centre de l’internat est un minuscule buisson de ronce. C’est la première fois que je suis confrontée en Afrique, à cette plante. La plante vivante regarde l’air ébaubi la farandole des visages. Le regard des enfants se tourne vers moi. Je ne dis rien. Personne ne bouge. Le silence règne. La maîtresse est là. Elle voulait une ligne bien bien droite mais le hérisson est très intéressant.

 

 

Une visite : un hérisson !

Comment un si petit animal peut il  engendrer

une si grande pagaille ? 

                Ayant des souvenirs de mes leçons de l’an passé, David m’explique que nous avons là un animal très utile. Vu mes expériences antérieures, je suis un peu méfiante. Je  demande pourquoi ce mammifère est un animal utile ? La réponse me donne raison «  parce qu’ y’en a qui mangent l’hérisson ». Et voilà un, puis deux, puis trois enfants qui proposent d’emporter la bestiole à Denise la cuisinière.

                J’effectue un cours éclair sur le charmant animal. Je me garde bien de parler de la chaîne alimentaire. Puis j’explique longuement qu’un hérisson peut vivre dix ans et que là nous avons un très jeune hérisson. Il est tout petit. Nous sommes une bonne trentaine. Cela ne vaut pas la peine de le tuer. Il faut mieux le laisser grossir. Je rappelle que nous avons remis en liberté les petits escargots. Je demande un volontaire pour remettre l’animal dans son contexte naturel et nous passons à table.

                Avec un peu de retard, après avoir mangé la bouillie de mil à l’eau, nous partons en classe. Le retard ne perturbe que moi donc cette absence de ponctualité est un détail.

 

                La journée se déroule avec son lot de joies, de surprises, de reproches, d’apprentissages…

                Après le repas du soir, la vaisselle faite et rangée, le réfectoire balayé, ayant effectué des groupes, je donne l’autorisation de jouer. Je prends les plus grands et tente de leur transmettre les règles du Memory, des jeux d’observation, des dominos, du loto. Il faut aussi apprendre le respect du matériel et l’importance des règles.

 

          De la cour, Hippolyte, responsable du centre, m’interpelle. Je laisse les enfants et m’approche pour savoir ce qu’il désire.

 « Madame Evelyne, je voulais vous dire que c’est doux le hérisson ».

Etant largement occupée avec les enfants, Denise qui voudrait jouer aux dominos mais n’a aucune notion des chiffres, un splendide insecte que trois enfants me montrent fièrement en m’expliquant quelque chose que je ne comprends pas mais il faudrait comprendre car cela est, à leurs yeux, important. Je m’éloigne, me retourne et l’air naïf dit : « Mais, Hippolyte, pourquoi me dites vous cela ? »

Certain de son bon droit, d’un ton agressif, il m’informe: « je n’en reparlerai pas mais je voulais le dire : vous avez besoin d’une leçon. Les enfants se sont tus. Je me demande comment me sortir de ce nouveau pétrin. Il enchaîne à une vitesse de TGV : «  Je voulais vous donner une leçon (je pense petit con où est le soit disant respect des anciens dont tu m’as rabâché les oreilles, l’accueil de l’étranger…). Sur sa lancée, sans aucun arrêt de gare, il affirme : « Vous voulez toujours avoir raison. Faut toujours faire comme vous dites. » (Le flash des escargots est là, il se confond avec celui de la couturière refusant de recoudre les vêtements des enfants, d’autres éclairs arrivent). Toujours à 180 à l’heure, il me dit « vous piétinez notre culture ». Je me surprends à penser je ne vois pas l’intérêt d’être là pour reproduire les mêmes dysfonctionnements. Si vous êtes aptes à vous en sortir ne quémandez pas l’aide des autres. Je serai aussi bien avec un bon livre dans mon jardin. Tout se superpose. Je me demande, une fois encore, jusqu’où ai-je le droit d’aller ?

 

Dans le même instant, j’articule avec calme «  Hippolyte, nous aborderons tout ceci demain. Pour l’instant, je suis occupée ». Je me sens bafouée. Moi ? Piétiner la culture de l’autre ? « Mon petit Monsieur » vous me connaissez bien mal. Mon cœur tremble, ma voix est posée, mon esprit est en pleine révolte, une lame colérique de fond va me submerger. Restons calme, calme. Surtout sauvons les apparences. Gardons la tête froide et haute (petit con, de petit con). Pensons aux enfants qui nous observent, à Denise qui, tout en ne parlant pas le Français, a réussi à faire deux esclandres. Motif du deuxième ??

                 J’indique aux enfants qu’il est 21h30. Il faut ranger, bien mettre chaque chose à sa place. Nous allons souhaiter une bonne nuit à la Vierge auprès de l’endroit où plus tard, il y aura une statue de préférence, à ma demande, noire. Après tout, Marie n’est-elle pas le symbole de l’amour maternel ? Ce court moment permet aux enfants de se calmer avant d’aller dormir. C’est leur rituel du soir. Hippolyte, étant évangéliste, s’est réfugié dans sa chambre. Chacun va se coucher dans le calme.

Le lendemain, la vie reprend son cours. Deux jours plus tard, voyant Hippolyte inoccupé, et ayant enfin un peu de temps, je lui indique que je souhaite le voir au sujet du hérisson.

Pour une fois, il n’esquive pas la conversation. Sentant probablement qu’il a dépassé les limites, il me dit : « Il faut que je vous dise d’abord que je suis un rigolo ? ».

Voulant éviter tout risque de confusion, je le questionne sur le sens du mot rigolo. Il précise qu’il aime rire. Je ne peux m’empêcher de répondre que nous n’avons pas le même sens de l’amusement. Peu importe, je ne suis pas là pour disserter sur ce sujet. Avant même que je lui révèle qu’il m’a profondément blessée, ce de façon injustifiée, il m’indique que s’il avait su que je vivrai si mal la situation, il n’aurait pas agi de cette façon. Il est évident qu’ici le mouchardage est de mise. Je n’ai aucun désir de passer le temps qu’il nous reste dans la défiance. J’ai probablement tord.

Ce début d’excuses ne m’intéresse pas. Je sais qu’il a exprimé ce qu’il pense. Les enfants ont été témoins de la scène mais en restant vigilante, aucun ne remettra en cause mon rôle. C’est l’essentiel. Depuis le départ, je perçois qu’Hippolyte se sent dépossédé de son travail. Il se valorise en me parlant de ses études, de ses projets professionnels. Il lui arrive de me dire « ma langue ce n’est pas le Français. Je ne peux pas le parler comme vous. Et vous si vous parliez une autre langue … »  Il serait nécessaire que dès mon arrivée, mon rôle soit légitimé. Je recadre l’objet de ma visite.

    Hippolyte

« Hippolyte, je ne viens pas pour entendre vos excuses. Je souhaiterais savoir qui a capturé le hérisson et qui en a donné l’ordre. »

Il m’explique que les enfants ont ramassé l’animal d’eux-mêmes. Je m’apprête à sévir car je travaille sur le mensonge, l’obéissance, l’entraide. Un peu sur la défensive, je vais voir les enfants et leur demande qui a été chercher l’animal. Ils m’assurent que c’est Denise. Je ne croirai jamais qu’Hippolyte ne le savait pas ! Pourquoi avoir accusé les enfants ? Pour que ces derniers me trouvent injuste ?

Oui ! Il y a beaucoup à faire au centre mais le travail n’est pas toujours là où je l’attends.

J’ai demandé aux aînés des enfants quel comportement ils auraient adopté si un adulte leur avait demandé de récupérer le hérisson. Il s’en est suivi un long débat après quoi finalement, Emeric m’a dit : « On sait pas. On n’est que des enfants. Si un adulte dit nous on fait ».

« Je comprends bien Emeric mais moi j’avais fait remettre le hérisson dans le champ. »

Silence. Reconcertation. Réponse :

« On sait pas. Toi tu tapes pas. »

Je tente d’expliquer que parfois, faire des choix est difficile. Face à deux ordres contradictoires, il faut faire ce qu’on  estime le plus juste. Il faut écouter son cœur, cela s’appelle le libre arbitre. « Si un jour cela se produit et que je suis là, il faut me le dire. »

Evelyne

 

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30 janvier 2020

suite repas français

Préparation des agapes

 

                        Suite  du repas français (tiré du journal d’Evelyne, le 17 août 2019)

             En fin de journée, la voisine tenant par les pattes une poule,  tête  pendante vers le bas, traverse la cour de la maison. Elle m’apostrophe avec son classique « Bonjour, Voisine » et me demande, la finaude, si je ne connaitrais pas une personne souhaitant acheter sa poule ? Elle me précise qu’il s’agit bien « d’un poulet bicyclette » bien nourri. Elle  espère en tirer  3 000 CFA. Voulant valoriser Denise, je lui demande ce qu’elle pense de ce « Poulidor » gavé de mes semences. Denise, fière de l’importance de son rôle, tâte, soupèse, discute en Otamari et finalement, me fait signe que nous pouvons conclure l’affaire. Désireuse de faire fonctionner l’économie locale, je demande s’il n’y aurait pas d’autres marchandises. La fermière est perturbée, cela ferait beaucoup d’argent mais malheureusement actuellement, il n’y a pas d’autre poule.          

 

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                                 Une poule non peignée

Je pense, un moment, demander à Hyppolite de se renseigner sur les possibilités  des alentours. Finalement, un peu frileuse sur les risques encourus, explications embrouillées, palabres, engagement désengagement, j’abandonne cette idée. La voisine me propose de garder la poule durant la période précédant son trépas. Ne tenant nullement à voir ce volatile, les pattes liées, se traîner dans la poussière sous le museau de Patience, le chiot, je l’en remercie grandement. Ainsi, je n’aurai pas à me soucier de son bien-être et de son alimentation. 

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 La couturière. Il lui incombe de fournir à Denise les aliments qu’Hippolyte indique.

 

            La vendeuse à peine partie, la couturière me rend visite. Décidemment, la nouvelle s’est répandue plus vite qu’avec les réseaux sociaux. La très jeune femme tente de m’expliquer que je n’aurai jamais, mais jamais, dû confier ce trésor de plume à la voisine. S’il arrivait quelque chose ? La voisine demain me dira qu’on lui a volé ou mangé ce bien. Que je suis naïve ! Vivement mais vivement la fin des vacances que je puisse enfin me reposer. N’étant pas sensée comprendre l’Otamari, j’adopte son attitude lorsque mes propositions ne lui conviennent pas. Je suis sotte, je ne comprends rien, je ne devine rien.

            La veille du jour J, Hyppolite me fait enfourcher son destrier d’acier et nous partons cahin-caha en direction du marché de Natitingou. Ici un creux, là une bosse, plus loin de la boue qui  disparaitra avec la flaque d’eau suivante… Nous quittons la piste pour le goudron et finissons par arriver à la ville. Le marché bat son plein. Mon chauffeur slalome d’un stand à un autre. Il n’envisage pas de garer sa monture. Aurait-il peur qu’on la lui vole ? Je suis happée par les odeurs d’épices, de poissons séchés, de viande grillée, de fumée, de chaleur, de sueur. Le bruit m’envahit. Des femmes au port de reine,   traversent la foule, déambulent, portant des couronnes d’ananas, d’oranges, d’avocats, de savons… Malgré la pluie de ces derniers jours, la poussière envahit les étales. A terre sur des nattes ou des carrés effrangés de sac de plastique à bande rose et bleu, des petits tas d’oignons, d’haricots, de crincrin, de feuillages inconnus… Un cadavre d’agouti crucifié, apprêté pour être purifié au braséro d’une cuisinière, guette l’acheteuse.

 

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Du rouge, du vert, du orange, du jaune et toujours et encore, ces couleurs dominantes de la terre avec ses marrons, ses siennes, ses ocres, ses bruns : orangé, havane, rouille. Le festin des yeux est alimenté par les tissus bariolés. C’est une avalanche de moutarde, de soleil, de pastèque, de tango mouvant. L’arc-en-ciel m’enveloppe à chaque  pas.

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Les tons pastel, les tons délavés sont en terre inconnue. Deux heures de négociations plus tard, notre trésor de guerre est constitué de quatre petits tas de tomates, trois concombres, trois minuscules bottes de carottes achetées à un prix exorbitant, de haricots verts. J’ai deux boîtes de petits pois dans ma chambre. Nous avons des oranges pour le dessert et de la salade pour l’entrée. Il ne manque que la viande. Hyppolite se dirige vers le marché de celle-ci. Il me dégotte deux poules, me demande mon avis puis nous rentrons.

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 Assise à l’arrière de l’engin, je tiens les gallinacés, les seaux  de nuit,  un balai …. De nouveau la patinoire de la piste. Hyppolyte, fort heureusement, maîtrise bien son  coursier. Nous arrivons, juste avant la pluie, à la maison.

Le soir même, rien ne se passe. Peut-être qu’en raison de la chaleur les poules seront tuées au dernier moment ?

            Le matin du festin, ne voyant rien se passer, j’interpelle un interprète «en culotte courte ». Denise n’a pas pu, n’a pas su se repérer dans les jours. Il faut donc tuer les poules. Se pose également la question de la méthode à employer pour les plumer. « Qu’elle fasse comme bon lui semble ». Par contre, j’insiste sur la nécessité de garder les poules entières et de les plonger dans l’eau bouillante. Cette femme pleine de bonne volonté, m’indique qu’elle a bien compris les consignes. Par sécurité, je retourne 30 minutes plus tard dans la cuisine. Bien m’en a pris ! Denise découpe, avec l’unique couteau du centre, une poule. Après deux minutes de contestation, elle semble comprendre qu’elle a réalisé une bévue. Surtout la rassurer avant qu’elle ne s’emporte : «  Ce n’est rien Denise, ce n’est pas grave ! » mais maintenant il faut arrêter la découpe.

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 Scène de plumage

Je repars travailler avec les CE2 qui m’attendent sous le préau-réfectoire. A peine ai-je eu le temps de relancer la leçon que Denise et son aide cuisinier-traducteur arrivent. La question est de savoir s’il faut vider les poules avant de les cuire ?

 Ce jour là, la lecture des enfants s’effectue au rythme, des inquiétudes de Denise qui régulièrement m’informe de l’avancée de la cuisson. Pourquoi ne prend-t-elle pas une fourchette pour avoir la réponse ? Cette étape étant terminée, j’explique qu’il faut penser à cuire le riz et  y ajouter en fin de cuisson les légumes coupés. Après bien des explications, tout termine dans la casserole. Pauvre Denise ! Elle fait du mieux qu’elle peut, moi de même. Elle a peur de mal faire mais elle ne m’accorde aucune confiance. Comment une blanche peut-elle cuisiner alors que dans ce pays les blanches ont des cuisinières ? Pour cette femme d’une cinquantaine d’années, cela demeure un mystère. En égouttant le riz qui à son grand étonnement, avait cuit dans une grande quantité d’eau, il m’a semblé qu’un malaise la guettait.

Lorsque j’ai refroidi les grains blancs avec de l’eau froide, totalement déroutée, elle a voulu m’en empêcher. C’est seulement lorsqu’ elle m’a vue brasser le riz à main nue pour éviter qu’il s’agglutine, qu’elle a enfin, eu confiance dans mes talents culinaires. Ayant goûté à ses grains de perles, elle a effectué un sourire de satisfaction. Me voyant alors effilocher la viande, elle m’a imitée avec un grand sourire.

Cette salade manquait un peu de vinaigre, de moutarde… mais elle était assaisonnée d’amour. N’étais-ce pas là l’essentiel ?

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             A la fin du repas, Hyppolite m’a remerciée. Puis, il s’est tourné vers les enfants et leur a dit «  C’est madame Evelyne qui a payé ce repas. Dites bien  merci à madame Evelyne » et avant que je ne réalise qu’il avait l’intention de poursuivre, il a ajouté, à mon grand regret : « Vous n’êtes pas prêt d’en remanger un autre car c’est un repas très cher ». 

 Moi, qui lutte tant contre l’image du blanc qui ne peut être que riche !

Ces enfants avaient ils besoin de réaliser un lien entre le  don et le partage de ce repas et l'argant?

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   Denise à la fête.

Evelyne

Blog assoabcd canlblog.com

instragram  : abcd_benin

 

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Nouvelles béninoises de fin janvier 2020

Nouvelles du Bénin fin Janvier 2021,

Ces nouvelles ont  été communiquées par le père Servais

Pendant les vacances de Noël, les enfants, pour la majorité, ont pu retourner dans leur village d’origine soit dans de la famille très éloignée soit chez un tuteur… l’objectif demeure de maintenir au maximum le si peu de lien restant avec leurs origines.

La veille de leur départ un repas amélioré s’est déroulé.

                       

Danse traditionnelle

 

 

Durant cette période de la nativité, le père Servais a pu organiser une fête dans le village particulièrement défavorisé de Koussantikou. Une distribution de repas, pour les enfants les plus démunis, a eu lieu.

 

 

Lerepas était à base de spaghetti.  Une boisson locale à base de plantes accompagnait ce plat de fête.

Le menuisier de Pampam travaille toujours sur la construction des lits à deux étages et le père Servais a fait livrer les quarante matelas.

Instagram : asso_benin Pierre Louis pousuit la mise en place de cet outil de communication.

 

Un aurevoir des enfants du village de Koussantikou.

Un grand bravo et un grand merci au plus jeune de nos ambassadeur: Maxence qui par sa persévérité a pu présenter l'association aux membre du Lioncs club de Montfort l'Amaury.

Evelyne

Maxence avec son auditoire

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15 janvier 2020

La buvette solidaire du lycée les Rimains

                          LA BUVETTE SOLIDAIRE

 

             ( Collecte pour les restaurants du cœur)

            L’Association ABCD a eu le plaisir de participer à la journée des associations du lycée des Rimains (Saint Malo) le 19 décembre2019.

            Dans ce cadre nous avons eu la satisfaction de rencontrer de nouveaux organismes  comme les Sauveteurs en Mer, ASSIFIC ….

            La journée a débuté autour d’un chocolat chaud. Ce moment de convivialité a été une période d’échanges avec les différents participants.

            La matinée s’est poursuivie avec la présentation de l’association aux élèves. Le dialogue s’est prolongé autour d’un verre  de l’amitié...

      

       L’après midi le dynamisme des élèves s’est exprimé à travers le tournoi  solidaire de Noël.

  Tirons!

               

            Les consignes !

 

 Prêt?

 

           

 

Une buvette, tenue par des enseignants, était là pour soutenir les participants. Les bénéfices de la buvette ont été intégralement reversés à Afrique Bénin Cancale Dol.

           

 La remise du chèque.

 

 

 Les enfants de la maison de Pam Pam.

Nous  remercions l’ensemble du personnel et des élèves pour leur accueil et leur investissement.

Evelyne

Instagram :  abcd_benin                      

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09 janvier 2020

Jeu

                                                                     Jeu

                                        Testez vos connaissances sur le Bénin.

  1. A.      Où est situé le Bénin ?
  • En Afrique de l’Ouest
  • En Afrique du Sud
  • En Afrique du Nord

 

  1. B.      Quels sont les pays frontaliers du Bénin ?
  • Mali
  • Togo
  • Nigeria
  • Congo
  • Burkina Faso
  • Tchad.

 

  1. C.      Quelle distance sépare le nord du sud du pays?
  • 400 Km               
  • 672 km                               
  • 850 Km
  • 1500 Km

 

  1. D.      Quelle est la superficie du pays en Km² ?
  • 900 450
  • 112 622
  • 540 912
  • 250 451

 

  1. E. Indiquez la capitale du pays : …………………………………….                                         

 

  1. F. Comment s’appelle l’arbre donnant des noix de cajou ? …………………………………………………………

 

  1. G. Quel est le nom de la chaîne de montagnes au nord du pays ?…………………………………………………

 

  1. H. Quelles sont les couleurs du drapeau Béninois ?.........................................................................

 

  1. I. Le blason du Bénin comporte t-il un lion ?
  • Oui
  • Non

 

  1. J. En tenant compte de leur taille, quels sont les trois grands fleuves du pays ?

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

  1. K. En fonction de leur nombre d’habitants, mettez en ordre croissant les pays suivants :

Togo, Burkina- Faso, Bénin ……………………………………………………………………

  1. L. Quel est l’ancien nom du Bénin ?.................................................

 

  1. M. Qu’est-ce qu’un fromager ?.........................................................

 

  1. N. Indiquez le nom des habitants de Cotonou et de Porto Novo.

…………………………………………………………………………………………………

  1. O. Quelle est la langue nationale du Bénin ?

…………………………………………………………………………………………………

                                                                                               

 

 

Réponses

 

A : Afrique de l’Ouest/  B : Niger, Nigéria, Burkina Faso, Togo / C : 672 environ/ D : 112622/

E : Atakora/ F : voir ci-dessous /G : anacardier / H : voir le blason ci-dessous/ I : voir blason ci-dessous/ J : Niger 4180 Km, Ouémé 500 Km, Mono 400 km/ K : Burkina (19,19), Bénin (11, 20) /Togo (7,798 millions)/ L : Dahomey/ M : un arbre (voir image du haut)/ N : Cotonois, Porto-Novien /O : Le Français.

        

 

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