Florida et la maîtresse premiére partie
Florida et la maîtresse.
Ou « le Petit Nicolas » africain
Ensemble de petites histoires vécues (première partie)

« Cet été nous avons eu une maîtresse française. Nous étions tous très contents et fiers d’avoir une maîtresse qui pourrait nous apprendre à bien parler français. On l’attendait avec impatience et on se rassurait les uns et les autres. Peut-être qu’elle serait pas trop sévère !
Lorsqu’elle est arrivée avec le Père Servais je me suis précipitée dans la maison d’accueil. Elle m’a demandé mon nom puis on a fait connaissance. Elle avait l’air gentille. Le lendemain, je suis allée à l’école un peu rassurée.
La France c’est loin, loin, loin alors nous on connaît pas. Moi, je parle bariba, mais à l’école, on parle tous français. Très vite, j’ai compris qu’on allait avoir du mal à se comprendre. Elle avait un accent terrible et on ne comprenait pas grand-chose ; pourtant, on voyait bien qu’elle faisait des efforts pour trouver des mots qu’on savait et elle parlait lentement. On voyait bien qu’elle était ennuyée, nous aussi car on avait peur qu’elle s’énerve. Au début on a cru qu’elle était un peu sourde car elle n’arrêtait pas de nous faire répéter. On a même cru qu’elle était très vieille car avec les Blancs on ne sait jamais ! On dit qu’ils vivent très vieux. Et puis en Afrique on récupère des fois des vieilles choses qui ont déjà servi, alors pourquoi pas la maîtresse !
Au bout d’une semaine cela allait beaucoup mieux pour tout le monde mais la maîtresse se trompait toujours dans nos noms. On n’était pourtant que quinze ! Peut être qu’en raison de son âge elle n’a plus beaucoup de mémoire ? Pour nous c’était pas compliqué : il n’y avait que la maîtresse de nouvelle et c’était la seule blanche au village. Pour le nom on risquait pas de se tromper on l’appelait que maîtresse.
Florida
Cette maîtresse, elle disait des choses étranges comme « Mais arrêtez de faire les perroquets ». Maintenant on sait que les perroquets sont des oiseaux. On a cherché dans le dictionnaire qu’elle avait amené. C’est bien ce livre, il explique les mots. Le problème c’était qu’on avait que celui de la maîtresse blanche, alors on se le passait et souvent Henry voulait le garder que pour lui. Il voulait apprendre tous les mots pour parler comme la maîtresse. Finalement la maîtresse a dit « Vous arrêtez avec le dictionnaire ». Alors là, la maîtresse, il faudrait savoir ce qu’elle veut, mais comme on est bien élevé, on n’a rien dit. Mais c’est vrai avant elle disait regardez dans le dictionnaire et maintenant qu’on savait comment faire elle disait « arrêtez d’apprendre des mots que vous n’utiliserez jamais (utiliserez ça vient « d’utilisé », c’est un mot de la même famille et donc c’est comme chanter) parce qu’ici vous n’avez pas ces choses. Par contre (quand elle dit par contre c’est que c’est important), pour parler français, il faut mettre les mots à leur place. Il faut construire des phrases ». Moi, je pense qu’en France, on construit des phrases comme on construit des murs. J’ai bien compris dans tous les pays on fait pas pareil. Parfois la maîtresse des vacances avait l’air fatigué, mais c’était normal il fallait qu’elle s’adapte, et à son âge !
J’ai oublié de vous dire que ma famille habite à côté de l’orphelinat. On est les plus proches voisins. Mes parents ont cinq enfants. J’ai un jeune frère et une petite sœur Clotilde. Moi c’est Florida. Au début Clotilde avait un peu peur de la Yovo, mais elle est très curieuse, comme moi. La maîtresse dit que je suis éveillée. C’est un compliment. J’ai regardé dans le dictionnaire lorsque c’était mon tour de l’avoir. Clotilde nous accompagnait de loin lorsqu’on traversait la piste pour aller à l’école. Puis elle nous a suivis. Un jour elle est venue seule sous l’avancée de la classe. Finalement, elle a passé sa tête. Le lendemain elle est revenue : alors que la maîtresse continuait à faire la classe avec les quatre niveaux, Clotilde est entrée dans la classe. La maîtresse lui a souri et Clotilde a répondu en mettant sa main devant sa bouche. Elle a commencé par s’installer à ma table. C’était pas très pratique. Finalement la maîtresse l’a prise par la main et l’a installée avec Dhéo. Ils ont joué avec les cubes français. Finalement Clotilde et son copain se sont endormis sur le sol.
Clotilde
« Je rentre ??? »

« Je nettoie la cour de l’école. »

« J’aide Florida »
Avec la maîtresse, on a appris plein de choses nouvelles : des mots, des pays qu’elle montrait sur un Atlas, des histoires, des jeux… Elle nous a demandé de lui montrer des plantes, des arbres et elle nous a raconté les plantes de la France. Elle a même cherché dans le DICTIONNAIRE des images de fleurs, de plantes. Parfois elle nous dessinait les choses sur le tableau mais, même si elle avait trouvé des craies de couleur, c’était pas terrible ! Elle disait ça lorsque j’avais pas très bon à un exercice.
Bon, je vous quitte car il faut que j’aille aider au moulin… »

Evelyne
